Les belges devraient apprendre à parler français… dès leur plus jeunes âge

De retour d’une soirée salade et pissenlit, titubante, l’estomac gonflé de chlorophylle, la tortue a surpris, dans l’entrebâillement de la porte du salon, quelques petites secondes de la retransmission du concours de l’Eurovision de la chanson, défilant sur le Télécran de sa maîtresse. « La représentante de la Belgique va chanter en anglais » prononça une voix enthousiaste, jovialement étourdie et correctement appointée (sans doute) pour ce faire. Avant d’ajouter : « Mais elle n’a que 16 ans ».

J’ai cherché, pendant quelques secondes, ce qui pouvait bien justifier l’entre-lard  de cette conjonction de coordination – le « mais » – dans  un discours entièrement voué à la positivité du spectacle. Ne voulant point trop retarder l’heure de mon coucher, je me suis laissé convaincre rapidement que le balancement ainsi introduit implorait les excuses du public pour son jeune âge, lequel ne lui aurait pas encore offert le loisir d’apprendre le françois.

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Réponses à la Tortue torturée

La tortue a reçu beaucoup de commentaires suite à son billet : « La tortue soumise à la torture ». Elle a jugé utile de les publier tous, parce qu’ils illustrent à merveille, à travers leur diversité et pris ensemble, à travers leur intelligence et leurs passions, les tensions qui nous traversent.

La tortue se garde bien d’y ajouter son propre commentaire, tant il semble que tout a été dit ici.

Elle précise seulement que ces commentaires ne se répondent pas. Ils sont mis les uns à la suite des autres par nécessité, mais ils sont chacun pour leur propre compte, et dans l’ignorance des contributions des autres lecteurs, des réponses directes au billet de la veille.
A. « En ce qui me concerne, je ne suis pas torturé et je voterai Macron au second tour tant je crains les ébouriffés du front national. En revanche, j’espère beaucoup de la gauche, du moins la vraie. J’ose croire que toutes celles et tous ceux qui nous parlent de rassemblement franchiront enfin le pas et pourront constituer un réel contrepoids à la purge qu’on nous prépare. »

B. « Merci pour ce petit billet sympathique. Pour ma part, j’hésite encore… entre l’abstention et le vote blanc. »

C. « Même posture (chez moi et ma progéniture)… mais si nous sommes nombreux dans ce cas, les sondages devraient s’en faire le strict écho et ne pas nous être vraiment utile, marquant l’incertitude qui est la nôtre (bon par ailleurs 52 % on n’y est pas non plus). »
« Chère tortue, pour l’une des premières fois je ne suis pas d’accord avec toi.

  1. Pour des raisons de constance politique : ta confiance dans les sondages et le fait de les installer en juge de ta décision intime me sidèrent littéralement. Pourquoi à 52% il deviendrait possible de voter Macron ? Qu’est-ce que cela changerait ? Il deviendrait plus fréquentable? Le décalage entre sa victoire et le choix réel du pays ne serait-il pas plus net à 80% ?
  2. Plus important : en te proposant de n’aller voter que si 30% des votants du premier tour (…) votent contre leur conviction profonde pour te libérer d’avoir à faire de même… tu gardes les mains propres et compte sur eux pour faire le sale boulot… en te marrant sans doute un peu dans leur dos (ou pire en t’apitoyant) de ce qu’ils se résolvent à l’arnaque de la logique majoritaire présidentielle… Comme je suis (…) de ceux qui préfèrent voter Macron que d’avoir à entrer en résistance civile, voire physique, contre les fascistes, je pense un peu que tu me prends pour une poire : ça m’agace ! Ainsi si les gens [comme moi, n.d.r] font le job tu pourras garder la tête haute ? Et moi j’irai voter en me sentant en plus coupable de compromission ?

(…) Le piège est refermé sur nous, les convulsions pour s’en sortir maintenant sont illusoires. On s’est fait (Biiiip… n.d.r). C’est fait. Nous n’avons plus qu’à redire notre choix pour la démocratie et la république et contre les dérives nationalistes. On ne peut plus rien espérer que le pire… si par hasard les sondages se trompent, que les béni-oui-oui dans mon genre ont un mouvement d’humeur de dernière minute et que Le Pen est présidente, qu’expliquerons nous ? Qu’il faut résister parce qu’on n’a pas voulu voter ? Que la situation est bien meilleure maintenant pour une politique de gauche ? Que c’est quand même mieux pour les ouvriers, les migrants, les femmes et les homosexuels ? Tu me désespères tortue 🐢 de mes rêves !  »

D. « Je vais voter Macron. A reculons, même si je m’étais juré qu’on ne me ferait plus le coup du vote utile, de la culpabilité. Et que je n’écouterai plus les donneurs de leçon en tout genre (amis ou ennemis !). Je pense que nous aurions pu éviter ça si les donneurs de leçon d’aujourd’hui s’étaient appliqué leur morale dès le premier tour, en votant Mélenchon. »

E. « Bien dit ! »
F. « Merci de nous donner des nouvelles, la tortue, ça fait toujours plaisir. Mais dis donc elle est bien confiante, on l’a connue moins optimiste. Elle se propose la stratégie qui maximise potentiellement les gains (même si ceux-ci sont de toute façon négatifs), tout en négligeant celle qui minimise l’espérance de pertes. En somme sa stratégie repose sur la triple confiance : 1) dans les électeurs de droite de toute sorte pour sortir leurs poubelles à l’heure ; 2) celle des sondages de fournir des estimations crédibles non seulement en tendance – ce qu’on peut leur concéder – mais également en niveau, ce qui est plus héroïque ; 3) enfin sur l’hypothèse que son idée ne se diffuse pas trop, singulièrement dans le dernier week-end, parmi les tortues, les léopards et les moutons. C’est beaucoup, c’est jouable, mais j’y mettrais pas des choses importantes, par exemple mes économies… si j’en avais.

Cela me rappelle le mardi matin où [un épargnant] ouvrant le Financial Times pour prendre des conseils concernant ses placements lut le titre suivant : « Bourse en baisse, vendez-tout mais prenez soin de vous arrêter avant le krach ».

Bref, les banquiers sont des salauds, mais on est toujours mieux quand on sauve Lehman Brothers, même avec nos impôts alors que nous on est les gentils qu’avons rien fait, ou si peu. Décidément, en plus de nous désespérer, ils nous auront en plus mis sur les nerfs. Vivement la revanche, les mauvais jours finiront ! »

G. « Ben moi je vais voter Macron, indépendamment des sondages. J’ai déjà un maire frontiste, ça me suffit. »

H. « J’avoue que jusqu’à ce matin, entre la peste déclarée et son bacille, j’avais décidé de ne pas pouvoir choisir ! Dans dix jours, cette décision restera-t-elle ferme si l’épidémie est à nos portes ? Ce petit billet me fait penser que ce ne sera peut-être pas si simple !  »

I. « Absolument d’accord avec ça. C’est exactement ma position. Un peu lassé, je dois dire, de lire tous ces gens qui, bien souvent, n’ont jamais distribué un seul tract, jamais collé une seule affiche, jamais fait une seule manif et qui, avec un bulletin Macron, se prennent pour Jean Moulin, en donnant des leçons à ceux qui ont consacré leur vie et leur temps à se battre pour un monde meilleur. Laissez-nous réfléchir, décider, et bien malin celui qui peut dire qu’il a la position juste. Je m’en garderais bien. Ce qui est sûr, c’est que seul le bulletin Le Pen est abject. Le reste, tout le reste, est sujet à discussion et c’est fort bien ainsi. »

J. « Je reconnais bien là ton pragmatisme! Je n’avais pas lu ton billet sur Hamon, tordant! »
« Très bon ! J’espère que tu vas bien « malgré tout ». »

K. « Je me dis que si la tortue craignait vraiment de se faire couper la tête elle saisirait sans hésiter tout ce qui lui permet de gagner du temps… »

L. « Cette tortue avance toujours avec autant de talent et de persévérance. Si en revanche [on] pouvait lui conseiller d’intégrer – a minima – 3 points de marges d’erreur à son calcul (et donc voter l’autre freluquet dès 55%) je suis certain que ça soulagerait (ou marquerait une reptilienne solidarité, bien que je sache que l’appartenance des tortues à cette bien large famille fasse débats…) quelques millions d’immigrés, et au passage aussi quelques musulmans, 3 ou 4 opposants au rétablissement d’une perpétuité réelle, une dizaine de droit de l’hommiste invétérés, quelques femmes et hommes attachés à certaines libertés désuètes mais pas si gênantes, etc. »

M. « Bien vu et bien dit l’ami ! »

N. « Compte tenu des incertitudes des sondages, je me suis mis un seuil plus élevé : 55% »

O. « Si je suis en accord avec les propos qui résume la situation des tortues, je ne suis pas d’accord avec la conclusion. Faire confiance aux sondages qui, oui, peuvent se Trumper, comme on ne cesse de le constater en cette période, est pour moi une erreur grave : celle de prendre ce risque de voir le FN au pouvoir. Ce dont la France se remettra très mal, si elle s’en remet. »

P. « Scruter les sondages pour savoir s’ils accordent à Macron 52% est une manière de ne pas prendre clairement position contre le FN ou de perdre son temps. Votons Macron et visons les législatives, tirons enfin des leçons de tout cela en cessant de se faire piéger par un FN qui mène les gens dans le mensonge. Quant à l’abstention c’est être dans l’inconscience de la chance que nous avons : le droit de vote !  »

Q. « Vues les abstentions à venir…. aller tout de même en masse aux urnes pour contrer la honte de notre vie et des générations futures. »

La tortue encourage ses lecteurs à consulter également les commentaires déposés sur son blog par la gazelle, le lièvre balourd et arzi77. Ainsi que ce billet de François Ruffin :

http://www.francoisruffin.fr/whirlpool-le-pen-macron-et-mon-vote