Nous avons (encore) renoué avec la croissance !

La croissance crée des liens. Surtout quand elle revient en trombe, au rythme de 0,2 %, comme c’est le cas au troisième trimestre de cette année 2016 !

Comment passer à côté de ce moment festif, dont la presse se fait l’écho avec une rare unanimité, de celle qui pourrait charpenter, se dit-on, un être ensemble durable. Qu’on en juge :

« L’économie française a renoué avec une légère croissance au troisième trimestre, enregistrant une hausse de 0,2% du produit intérieur brut. » www.ladepeche.fr

« C’est plutôt une bonne nouvelle : l’économie française a renoué avec une légère croissance au troisième trimestre, enregistrant une hausse de 0,2 % du produit intérieur brut (PIB). » www.lepoint.fr

« L’économie française a renoué avec une légère croissance au troisième trimestre, avec une hausse de 0,2% du produit intérieur brut (PIB). www.la-croix.com

« L’économie française a renoué avec une légère croissance au troisième trimestre, enregistrant une hausse de 0,2 % du produit intérieur brut (PIB). » www.ledauphine.com

« L’économie française a renoué avec une légère croissance au troisième trimestre, enregistrant une hausse de 0,2 % du produit intérieur brut (PIB). » www.estrepublicain.fr

« Retour – modeste – à la croissance après le trou d’air du printemps. L’économie française a renoué avec une légère croissance au troisième trimestre, enregistrant une hausse de 0,2% du produit intérieur brut (PIB). » www.huffingtonpost.fr

J’ai vu dans l’usage du terme « renoué », emprunté au vocabulaire amoureux – et que l’AFP a réussi à mettre dans la bouche d’une kyrielle de ventriloques – comme le sanglot d’une maîtresse cent fois éconduite qui replongerait au premier foulard Tati qu’on lui offre. J’ai vu aussi dans le comique de répétition produit par tous ces papiers identiques l’une des raisons qui pourraient expliquer la disparition des gains de productivité, tant déplorée par ceux-là même qui les dilapident.

Et je me suis arrêté là, pour ne pas me répéter à mon tour. Voir la tortue du 27 mars 2016 : « La croissance revient, camarades ! »

Merci à la lectrice de la Tortue qui a fait le lien, et qui ne veut plus renouer depuis longtemps (avec la croissance).

Comment se fait-il que sous un gouvernement de gauche nos footballeurs soient aussi cons ?

J’ai lu dans mon journal gratuit – mais pas sans coût – de ce matin que le Président Hollande ce serait emporté contre les joueurs de l’équipe de France de Football. A travers des fuites savamment distillées, en avance de l’ouvrage que s’apprêtent à publier deux journalistes du journal Le Monde, on apprend qu’il aurait déclaré, au sujet desdits joueurs :

« Ils sont passés de gosses mal éduqués à vedettes richissimes, sans préparation. Ils ne sont pas préparés psychologiquement à savoir ce qu’est le bien, le mal (…) La Fédération, c’est pas tellement des entraînements qu’elle devrait organiser, ce sont des formations. C’est de la musculation de cerveau. »

J’ose espérer qu’il n’y aura que ceux qui auront longtemps cherché, au fil des interview de vestiaires de ces Icônes, un addendum à la Critique de la raison pure de Kant, pour s’offusquer de cette parole enfin présidentielle.

Car la critique fut bien adressée un jour, et pour tous les autres jours, à la raison pure, avec la faible distance qu’on imagine entre le peu regardant et les très regardés. Souvenons-nous du « Pédophiles, chômeurs, consanguins: bienvenue chez les Ch’tis » déployé en banderole le 29 mars 2008 par des supporters du PSG, lors de la finale de la coupe de la ligue entre le PSG et Lens.

Je me suis dit que si le Président avait raison, comment n’en serait-il pas venu à craindre la question qui devrait lui revenir comme en boomerang : la faute à qui ?

Le prix de l’amour immodéré pour l’économie d’entreprise privée ? 200 000 € par emploi créé… et par an.

L’entreprise privée est une belle chose.  Ceux qui vouent encore quelque admiration – la tortue en fait partie – pour ce qui reste de ces pionniers, de ces innovateurs, de ces gens entreprenant, doués d’autonomie et jaloux de leur indépendance (relativement à la sphère techno-bureaucratico-étatique), devraient tout de même s’interroger sur le joli paradoxe qui voit aujourd’hui ces dits entrepreneurs se vautrer dans une salle de shoot dédiée aux subsides publics, pour se regonfler la libido… sans résultat.

Le dernier rapport du comité de suivi du CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) vient en effet de révéler que les 20 milliards d’euros ristournés annuellement par l’Etat aux entreprises, en déduction de leur impôt sur les bénéfices, ne servent quasiment à rien.

http://www.strategie.gouv.fr/publications/rapport-2016-comite-de-suivi-credit-dimpot-competitivite-lemploi

Au terme de la deuxième année de plein exercice de cette mesure, évaluée par trois centres de recherche en économie aux obédiences discordantes, il n’est observé aucun effet significatif sur l’investissement des entreprises, aucun effet significatif sur leur effort de recherche et développement, aucun effet significatif sur leurs exportations. Le seul effet remarquable semble résider dans le redressement des marges des entreprises.

Quant aux créations d’emploi attendues d’une mesure aussi massive, le centre de recherche le plus optimiste les estimes – dans une fourchette aux dents quelque peu écartées – entre 45 000 et 115 000 en régime stabilisé.

Disons 100 000 emplois… pour arrondir, pour pondérer médiocrement par le résultat nul des laboratoires pessimistes et pour donner toutes ses chances à cette mesure de gauche. Cela met au total le coût d’un emploi créé ou préservé dans la sphère de l’entreprise privée à 200 000 € par an.

Avec la même somme d’argent – votre argent – le gouvernement aurait pu créer quatre fois plus d’emplois publics (dont le coût annuel peut être estimé en moyenne, toutes charges comprises,  à 54 000 €).

http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1564/ip1564.pdf

Avec la même somme d’argent – votre argent – le gouvernement aurait pu créer sept fois plus d’emploi dans les secteurs associatifs et coopératifs, payés 1 500 € nets par mois (calcul faits sur la Texas instrument 1981 de la tortue).

Avec la même somme d’argent – votre argent – le gouvernement aurait pu créer 13,3 millions de m2 de logement neufs mis gratuitement à disposition de familles pauvres (au prix du m2 à la construction de 2012… lequel n’a pas varié depuis, d’après l’indice du prix à la construction).

http://www.logement.gouv.fr/cout-de-la-construction

http://www.insee.fr/fr/bases-de-donnees/bsweb/serie.asp?idbank=000008630

Sur la base de 12 m2 nécessaires pour loger chichement une personne pauvre, il y aurait donc de quoi construite des logements pour environ 1 millions de nos concitoyens chaque année. Disons 5 millions en cinq ans.

Je mes suis dit que la seule raison qui aurait pu empêcher le gouvernement d’utiliser votre argent à ces bonnes fins est qu’une aussi bonne action aurait pu révéler aux yeux du monde entier que derrière son air néolibéral convaincant se cachait un gouvernement de gauche.