En attendant le burkini topless

La tortue, qui n’a guère le choix de son costume de plage et qui est par nature condamnée à rester toute la journée à la maison, même quand elle s’aventure sur le sable fin, s’est peu sentie concernée par la polémique qui a agité la close sphère médiatico-politique cet été. Jusqu’à ce qu’elle découvre cette photo, publiée par un magazine féminin hebdomadaire destiné aux femmes féminines, daté du 26 août 2016, présentant une créature accoutrée de l’objet du scandale.

La tortue, dont l’origine se perd dans la nuit des temps, bien avant la civilisation de l’image, a pu réaliser à cette occasion que c’était la première fois qu’elle voyait de ses yeux vu… un burkini. La parure lui a semblé plutôt seyante, et même assez sensuelle, vu d’une espèce accoutumée à fantasmer sur le mode : « moins on en voit, plus on imagine ». Elle s’est laisser aller à penser que le fichu en question renvoyait une image moins dégradée des femmes que ces coupes-crottes mal ajustés qu’il aurait valu la peine de présenter en contre-champ sur la serviette d’à côté, et qui mettent en valeur les capitons, la peau d’orange, les vergetures, les varices et les muscles flasques des lectrices dudit magazine.

J’ai failli me ressaisir en me disant que cet accoutrement, aussi sexy fût-il, véhiculait tous les symboles de la soumission de la femme aux ordres religieux, machistes et archaïques, et qu’il représentait un défi à toutes les Républiques… qui n’en sont déjà plus. Et puis j’ai senti comme une sorte de découragement en feuilletant le reste du magazine, dont l’ode à la féminité s’étalait au fil des 123 pages de publicité consacrées – pleine page – à des enseignes de mode et de produits de luxe, dont on connaît le dévouement à la cause des femmes et à leur émancipation. Dans l’ordre d’apparition : Dior, Chanel, Louis Vuitton, Dolce & Gabbana, Gucci, Saint Laurent, Céline, Miu Miu, Valentino, Bottega Veneta, Chloé, Fendi, Kenzo, Ralph Lauren, Pomellato, Givenchy, Clinique, Hermès, Jimmy Choo, Tod’s, Versace, Moncler, Carven, Giorgio Armani, Chanel, Longchamp, Salvatore Ferraganno, Michael Kors, Yves Saint Laurent, Roberto Cavalli, Hugo Boss, Guerlain, Isabel Marant, Diesel, Paul Smith, Paul & Joe, Mauboussin, Max Mara, Zadig&Voltaire, Majestic Filatures, Simona Barbieri, Leonard, Issey Miyake, Sandro, Calvin Klein, Repetto, Gérard Darel, Ofée, Maje, Coach, The Kooples, Bas&sh, Marina Rinaldi, Manoush, Pablo, Liu Jo, Georges Rech, Attilio Giusti Leombruni, Claudie Pierlot, Caroll, Minelli, Naf Naf, Ikks, Reiko, Mes Demoiselles, Berenice, Desigual, Texto, Devernois, Derhy…

J’ai pensé qu’une pétition à l’initiative des lectrices dudit magazine, dénonçant la soumission des femmes aux fantasmes (fantasmés) de la gente masculine et déplorant leur enrôlement dans la secte du big-business – priant Pecus à genoux, aussi écumantes devant leurs vitrines que les escargots qui remontent mon allée – ne pourrait jamais recueillir autant de signatures, et d’aussi prestigieuses.

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2 réflexions sur « En attendant le burkini topless »

  1. La tortue connue pour être pacifique ne m’en voudra sûrement pas de relever un paradoxe dans son développement…

    Tout d’abord elle peut compter sur mon total soutien concernant le «déballage» inesthétique qui nous est imposé tous les étés sur la plage, cependant, je soulignerai volontiers que ce «déballage» concerne les deux sexes, car nous les femmes devont aussi faire face à «des tableaux» dont nous éviterions volontiers les expositions dans les plus mauvais musées!

    Ne pourrait-on partir du principe suivant :
    Ce n’est pas parce l’on «emballera» le corps de la femme comme un objet (dont l’emballage est supposé être le garant de la fraîcheur et de la non-consommation…) qu’on l’empêchera d’être libre… sauf de ses mouvements.
    Laissons le corps de la femme vivre ce qu’il a à vivre sans entraves religieuses, machiste et sans pression sociale.

    Le paradoxe réside en ceci :
    l’énumération des maux qui guettent la gente féminine :
    peau d’orange; capitons; vergetures; muscles flasques, sans oublier le challenge de la taille 38…. nos corps passés au scanner de la gente masculine … ne justifie t-elle pas à elle seule la publicité faite dans les magazines de tous les remèdes proposés par les marques, qui nous font espérer la validation et le regard bienveillant de l’être aimé ?
    Pour que nous puissions nous en affranchir, ne faudrait-il pas avant de supprimer la publicité, changer le regard des hommes…

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    1. La tortue est bien fautive de se prendre les pied dans le paradoxe que vous relevez fort habilement et très justement. Elle n’a qu’un argument à avancer pour sa défense : l’usage du string n’est pas le meilleur moyen de changer le regard des hommes… ni d’échapper à l’anxiété générée par les 123 pages de publicité citées.
      Un grand merci de votre commentaire.

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