Et la vie reprend son cours…

Au lendemain de la tuerie qui a fait neuf morts à Munich (c’était le 22 juillet dernier), une envoyée spéciale d’une station radiophonique d’information continue de langue française a sobrement tiré les enseignements de cet acte, que l’on prête à un déséquilibré, par ces mots : « A Munich, la vie reprend progressivement son cours. Demain les transports en commun devraient fonctionner normalement ».

J’ai songé qu’une vie qui ne connaîtrait plus que ce genre de transports – si peu en commun, d’ailleurs – n’aurait aucun mal à reprendre son cours, et qu’il faudra bientôt trouver un autre terme pour la désigner.

Puis j’ai repensé –je ne sais par quelle association d’idées, par quel déport, par quel transport – à ces phrases écrites par Raoul Vaneigem.*

« Ma sympathie pour le tueur solitaire s’arrête où commence la tactique, mais peut-être la tactique a-t-elle besoin d’éclaireurs poussés par le désespoir individuel. Quoi qu’il en soit, la tactique révolutionnaire nouvelle, celle qui va se fonder indissolublement sur la tradition historique et sur les pratiques, si méconnues et si répandues, de la réalisation individuelle, n’a que faire de ceux qui rééditeraient le geste de Ravachol ou de Bonnot. Elle n’en a que faire mais elle se condamne à l’hibernation théorique si par ailleurs elle ne séduit collectivement des individus que l’isolement et la haine du mensonge collectif ont déjà gagnés à la décision rationnelle de tuer et de se tuer. Ni meurtrier, ni humaniste ! Le premier accepte la mort, le second l’impose. Que se rencontrent dix hommes résolus à la violence fulgurante plutôt qu’à l’agonie de la survie, aussitôt finit le désespoir et commence la tactique. Le désespoir est la maladie infantile des révolutionnaires de la vie quotidienne. »

Je me suis dit que l’envoyée spéciale – très peu spéciale en vérité… et sans doute beaucoup plus d’espèce – aurait pu nous dire cela, plutôt que « demain les transports en commun devraient fonctionner normalement ». Mais je comprends le risque qu’il y aurait à se perdre en compréhension – ne serai-ce pas déjà excuser ? – et le peu d’incitant qu’il y aurait parallèlement à offrir au public, toujours prompt à zapper vers la concurrence, paradoxalement tout aussi pareil, autre chose que la lecture des horaires de train. Je comprends… jusqu’au point où vouloir rattraper par la normale une situation anormale confine à l’anormal… de celui qui pourrait bien pousser au crime.

*Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, Paris : Gallimard, 1967.

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