Nous sommes passés à un cheveu du socialisme

Bien que terrée tranquillement à l’abri de mon hortensia –en prévision des fortes chaleurs de l’été – la nouvelle est parvenue jusqu’à moi, ma maîtresse ayant trouvé de bon goût venir déposer un Canard au bord de ma marre : le coiffeur du Président se ferait payer 9 895 euros par mois pour le résultat que chacun sait.

J’ai commencé par penser, avec indulgence, qu’il s’agissait d’un salaire brut (il en va bien ainsi), et que la précaution d’un socialiste conduisait sagement à majorer le salaire net de ses serviteurs de 20%, connaissant les charges accablantes qu’un socialisme de combat fait peser sur le petit peuple.

J’ai encore trouvé d’autres excuses au Président, considérant qu’un socialisme qui n’en n’a plus que les apparences pouvait aisément justifier la rentabilité d’un tel investissement, mis à profit de les sauver.

J’ai même pensé qu’il n’était pas illégitime que le mérite soit correctement récompensé, tant il est vrai qu’il doit être plus difficile de couper les cheveux à un chauve qu’à un rasta.

Et puis je me suis ravisé, en songeant qu’une secrétaire comptable en CDD dans la fonction publique, embauchée 10 mois l’an – pour ne pas payer les vacances – gagnait en une année à peu près le même salaire que ces émoluments mensuels, en tremblant comme une feuille morte à l’idée que la Cour des comptes vienne un jour lui chercher querelle – elle dit : « qu’elle vienne nous couper les cheveux en quatre » – pour l’achat d’une agrafeuse imputé au compte de la masse salariale.

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Une journée particulière

Il m’est revenu à la mémoire ce mardi soir, deux jours après la défaite de la sélection nationale française masculine de football professionnel, face à la sélection nationale portugaise masculine de football professionnel, cette phrase d’une ex-secrétaire d’État auprès du ministre de la Santé et des Sports, chargée des Sports, à l’origine dit-on, de la décision d’accueillir l’euro 2016 en France… une phrase destinée, semble-t-il, à situer quelques heures avant cette « rencontre » l’importance de l’enjeu qui aurait pu nous échapper, considérant sans doute les penailles des héros que nous étions conviés à « supporter » – je ne sais toujours pas dans quel sens, d’ailleurs  : « ce ne sont pas seulement des footballeurs, ce sont des ambassadeurs du mode de vie à la française ».

Je me souviens encore – il faut dire que c’était il y a deux jours à peine, et qu’il était dix heures du matin – m’être resservi tranquillement, et d’humeur décomplexée, un Ricard.

Manifestation officielle de la présence du vide

Tous les matins, en se rendant à son travail, la tortue passe devant un terrain vague, un immense terrain vague, aux accès interdits aux flâneurs par de hauts grillages, à la fois protecteurs et menaçants. Elle n’avait jamais remarqué, jusqu’à ce jour, que ce rempart technique était doublé d’une mise en garde sensée, défendant la place par un petit panonceau aux normes ministérielles, et disant ceci : « Attention, présence de vide ».

Je me suis dit que si nos autorités responsables en était réellement parvenues à ce niveau de détection des risques,  repérant la manifestation d’une absence abyssale en chacune de ses occurrences plausibles, nous ne tarderions pas – le monde étant ce qu’il est, et sachant comme il va – à voir ce genre de panonceau fleurir un peu partout.

La torture facile (par la tortue gracile)

Voilà ce que j’ai appris aujourd’hui en lisant la presse, entre un café serré et un macaron à la myrtille : « 54 % des Français interrogés considèrent comme justifié qu’un policier envoie des décharges électriques sur une personne soupçonnée d’avoir posé une bombe prête à exploser ».

Je me suis demandé, considérant tous les progrès que l’humanité avait faits depuis le moyen âge, et considérant tous ceux qui nous sont encore promis par l’orchestre chrématistique du Bontempi : mais pourquoi diable avec des décharges électriques ?