Les notes en bloc de la Colombe bannie

Dans un journal gratuit que j’ai trouvé ce matin sur la banquette du tramway, j’ai lu quelques commentaires d’un ancien dirigeant du monde – je pèse mes mots – apportant « son éclairage sur l’actualité ».

J’ai trouvé la réclame prometteuse, et me suis laissée emporter par son enthousiasme printanier, commentant la victoire de l’équipe de France contre la Roumanie : « c’est bien le moins que l’on puisse espérer : un moment festif et fédérateur comme seul le sport moderne, et en particulier le football, peut en offrir. »

J’aurais ajouté, pour être tout à fait honnête : à l’exception du catch à quatre !

La tortue, qui n’est pas soupçonneuse, ne s’est pas demandé par qui cette colombe était payée. Même s’il lui vint une petite idée en découvrant au bout de son courage que « ceux qui ont vraiment entre leurs mains le pouvoir de gâcher la fête ne sont autres que les grévistes de la CGT ».

Elle s’est quand même demandé si ledit bloc-noteur patenté avait eu la curiosité de tourner la page 7 de sa chronique, pour s’informer des nouvelles qui paressent dans le journal où il prétend lui-même nous informer, et découvrir, page 8, que « La crainte de nouvelles violences pèse sur l’euro : les hooligans [sont] mis au ban »

La tortue s’est alors demandé comment il se fait que ledit bloc-noteur ne s’est pas demandé à son tour comment il se pourrait que s’il fût dans le pouvoir de la CGT de gâcher la fête, il ne fût pas tout en même temps en son pouvoir de renverser la société du spectacle, et tout en même temps le capitalisme, et avec lui, par pertes et profits, les notes en bloc de la Colombe bientôt bannie ?

Elle s’est dit que la Colombe n’aurait peut-être pas lu avec toute l’attention méritée ces lignes qui auraient pu être écrites par l’un de ses amis :

« L’ordre rituel se rompt et, beaucoup plus rudimentaire, s’installe l’Ordre impérial. La langue y parle avec moins d’ambiguïté, à plus grande distance, et elle nomme les différences, les hiérarchies, les sacrifices, les puissances par la force de la contrainte des vivants, non plus par celle de l’univers invisible. »*

*Jacques Attali, Les trois mondes, Paris : Fayard, 1981.

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